Spiritisme, sexualité, psychose

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Spiritisme, sexualité, psychose
written by Henri Wallon
1923

En pathologie mentale l’expérience apprend à ne pas tenir compte des causes fortuites ou sentimentales que l’entourage des malades découvre habituellement à leur état. Et lorsque la conscience, la conduite, les conditions motrices, les fonctions et tendances organiques sont troublées au point de rappeler l’effondrement psychique des hébéphrénies à marche accélérée, c’est au nombre des symptômes et non des facteurs étiologiques qu’il paraît plausible de ranger les réactions affectives.

Je voudrais pourtant vous soumettre un cas où l’hypothèse contraire peut être défendue. Non pas à cause de la guérison, qui se maintient depuis deux ans et quelques mois, car il y a des rémissions parfois prolongées dans la démence précoce et des périodes normales entre les crises maniaco-dépressives ou les bouffées délirantes. Pas non plus parce qu’il s’agit d’une collaboration spirite qui a mené les deux partenaires, le frère et la sœur, à l’asile, une psychose à deux permettant de supposer chez l’un des sujets un manque de spontanéité morbide et des prédispositions qui non stimulées resteraient latentes. Ni enfin parce qu’un choc sexuel est à l’origine de la crise pathologique, car le rôle de la sexualité est envisagé tout autrement par ceux qui en font la cause unique des psychonévroses. Mais en raison de la dépendance qui semblait lier l’état de la malade et ses variations à cet incident sexuel ou plutôt à la conscience qu’elle en réalisait par étapes. A mesure qu’elle était amenée à se l’avouer et à le juger, les notes d’infirmerie constatent qu’elle se relevait somatiquement et psychiquement, d’ailleurs par secousses discontinues et disparates. Concordance ou conséquence, ces rapports ont de l’intérêt en eux-mêmes.

Le 20 mars 1920, Gabrielle P…, 20 ans, est présentée à la consultation de la Salpêtrière. Elle a le visage plutôt congestionné, l’œil vague, la parole [p. 159] très volubile, pas d’excitation motrice, mais de petits rires sans motif, des intonations et des façons par instants maniérées. Pourtant l’accent fébrile dont elle s’explique sur la fugue qui la fait amener au médecin n’est pas d’une démente précoce : elle est partie la veille au soir en pantoufles, sans chapeau, les cheveux dans le dos. La nuit, la police, avertie par une tenancière d’hôtel, est venue la chercher dans la chambre où l’avait laissée un homme de rencontre. Elle se dit dominée, elle est partie parce qu’elle y a été poussée, elle a suivi cet homme parce qu’il le fallait, il fallait qu’elle se livrât à ce qu’elle savait bien qui allait arriver, mais elle savait aussi que la chose ne s’exécuterait pas. Elle raconte qu’elle a vu dans le même homme plusieurs personnes, un grand nombre de personnes successives. Il y a de la fuite des idées dans sa loquacité.

Elle fait son entrée le 22 dans le service de M. le Dr Nageotte, entourée de couvertures et immobile comme une momie, mais poussant de petits éclats de rire, tenant des propos entrecoupés et incohérents, s’obstinant à répondre au lieu de son nom « secret professionnel ». Le lendemain matin elle pleure longuement ; le reste du temps elle est notée comme répétant des gestes dénués de sens ou certains bouts de phrases « ça, vibre à l’unisson… c’est trop haut… il est au bout du fil, etc. »

D’après les renseignements fournis par sa mère, la malade se montrait depuis quinze jours énervée, se croyait suivie, soumise à des marques d’attention gênantes ; elle riait sans cesse, mais avait eu à son bureau une crise de sanglots ; en raison de son irritabilité elle y avait été laissée libre de s’occuper à sa guise, puis son directeur lui fit accepter un congé de repos. C’est le second jour qu’eut lieu sa fugue.

Elle avait semblé jusque-là parfaitement normale ; grâce à des bourses qu’elle obtenait facilement, elle avait pu pousser ses études suffisamment pour entrer dans une grande maison de crédit. Réglée à 13 ans et demi, elle avait toujours été sage et n’avait jamais « fréquenté ». Mais ayant, il y a un an, assisté à un mariage, elle avait plusieurs fois parlé d’épouser celui qui avait été son garçon d’honneur, malgré l’objection de ses parents qu’il était de la campagne et que leur genre de vie était trop différent. Un certain froid dans ses relations avec son frère aîné était résulté de ses intentions matrimoniales, qu’il avait combattues avec vigueur. Ayant triomphé, l’ascendant qu’il exerçait déjà sur elle devint plus exclusif.

Il l’avait, depuis son retour de la guerre, associée à ses croyances et à ses recherches spirites, dont il tirait beaucoup d’orgueil. C’était un garçon d’humeur difficile, taciturne, méprisant, méfiant. En dépit de l’appréhension qu’il inspirait à ses chefs, il était passé brigadier puis maréchal des logis, Ensuite il était entré comme dessinateur au métro, mais bientôt s’y était cru surveillé et craignait sans cesse qu’on ne lui dérobât ses dessins. A la suite de réclamations contre ses camarades et contre ses chefs, il avait obtenu audience du directeur, qui lui avait donné une poignée de [p. 160] main, dont il était très fier, et un congé de maladie, dont il protestait ne pas avoir besoin. C’était en mars comme sa sœur.

Les détails ajoutés par le père, homme d’aspect dur, buté, borné, le montrent excitant son fils, dont il paraît avoir partagé les idées de préjudice ; épiant ses enfants ; curieux de leurs pratiques spirites, quoique les désapprouvant. Leurs idées, dit-il, semblaient les dégoûter de la vie charnelle ; ils professaient qu’il est inutile de manger et ont eu quelques velléités de vivre conformément à cette doctrine ; mais après s’être consultés, ils cédaient à l’appétit. Ils aimaient s’isoler ensemble, et le père a souvent entendu sa fille qui venait s’assurer que les parents étaient bien rentrés dans leur chambre et au lit. L’intimité de ses enfants lui semblait excessive, mais non coupable.

Le frère se montrait de plus en plus jaloux de son influence sur sa sœur. Quand elle fut ramenée de sa fugue, il semble qu’elle lui ait raconté les événements, car il vint reprocher à ses parents de l’avoir fait violer et de l’avoir conduite à un médecin pour s’assurer de sa virginité. Il leur défendit de la faire, entrer à la Salpêtrière et ils n’osèrent passer outre. Il lui donna l’ordre d’aller se coucher, ce qu’elle fit immédiatement. Il se constitua son gardien, prétendit être seul à lui porter sa nourriture, qu’il lui refusa d’ailleurs, bien qu’elle se plaignît d’avoir faim ; il mit son lit près d’elle pour se coucher à ses côtés et mieux la surveiller. Quand il fut enlevé pour être conduit à l’Infirmerie spéciale du Dépôt, elle ne réagit pas en sa faveur malgré la résistance forcenée qu’il fit.

Durant ses premiers jours d’internement, Gabrielle présente une agitation intermittente et incohérente : rires sans motifs, petits cris, rejet de ses couvertures, et, par instants, refus de nourriture. Le 27, je la vois en attitude catatonique, les deux mains dressées symétriquement au-dessus de la tête, les paupières baissées. Ordres et questions la laissent inerte. Elle ne se laisse pas ouvrir les yeux et détourne le visage, ne déglutit pas ce qui lui est mis dans la bouche. Elle a pourtant des réactions de pudeur. Le 29, même attitude, ses gestes d’opposition s’accompagnent parfois de petits rires. Elle ne témoigne pas si elle reconnaît son père et se laisse embrasser sans répondre. Pendant deux jours elle jette tout ce qu’elle peut saisir, se dévêt à moitié, se décoiffe, se salit, gâte, est passive, se couche sur tous les fauteuils qu’elle rencontre. Dans son lit, elle a tendance à se blottir tête comprise sous ses couvertures. Il lui arrive une fois pourtant de pleurer en demandant ce qu’elle fait ici. Cette manifestation de lucidité dure une demi-heure.

Son inertie habituelle cède enfin le 2 avril, lorsqu’après plusieurs tentatives inutiles, je finis par l’interroger sur sa qualité de médium : elle répond « oui » de la tête. Pressée d’opérer elle tend à sortir de sa torpeur, son œil jusque-là terne dans un visage bouffi, s’anime un peu, elle fait de longs préparatifs, plie de différentes façons une feuille de papier, l’insinue entre le tapis et le bois de la table, délie ses cheveux, les répand sur ses [p. 161] épaules ; manie avec lenteur ses effets., en dénoue les cordons, laisse tomber ses jupes, ne garde que sa camisole qu’elle entrouvre et referme puis fait bâiller le plus largement possible, et finalement s’en dévêt ; elle paraît vouloir tomber en somnolence, cherche à se faire soutenir, a des gestes enlaçants, murmure « ça vibre à l’unisson ». — Le lendemain elle reçoit la visite de son père, de son oncle, de sa tante, les reconnaît, parle, les reconduit, les embrasse, paraît très contente. Dans la soirée elle est agitée.

Elle montre de l’excitation à l’approche, et au début de la séance suivante. Elle entre en faisant la folle. Elle rit de tout avec excès, s’exprime avec une sorte d’incohérence, répète hors de propos des mots qui paraissent lui avoir plu et lui faire un certain effet. Elle se rappelle les visites reçues, mais dit qu’au lieu de son père elle préférerait voir son frère, parce qu’ils ont les mêmes idées. Elle s’explique alors avec cohérence et clarté sur sa médiumnité qui est faible, sur l’écriture automatique, sur sa mise en relation avec un certain esprit qui trop souvent se joue d’elle, sur les séances que son frère lui faisait prolonger très tard. Pourquoi se cachent-ils de leurs parents ? Parce que son père n’a pour le spiritisme que de la curiosité et sa mère de la répugnance. Il y avait entre elle et son frère un sujet de grandes discussions : il prétend que le spiritisme a rapport à la propreté corporelle, aux soins du corps ; elle ajoute avec un grand dégoût que sa mère est sale, que son petit frère qui a deux ans, n’a pas été baigné depuis sa naissance. — Mais si là-dessus vous étiez d’accord avec votre frère, sur quoi portait le dissentiment ? —Pour elle la propreté est chose naturelle. Mais son frère lie au spiritisme les questions corporelles, la question du sexe : il a voulu en tenter l’expérience sur elle.

A ce moment de l’entretien, l’attitude de la malade change : elle est devenue très rouge, s’interrompt, parle en termes conventionnels et vagues ; sa répétition de certains mots, une fois trouvés, donne à ses propos une apparence d’incohérence ; comme la première fois, elle semble vouloir se laisser glisser à la somnolence, en cherchant un soutien ou des caresses. Il faut l’empêcher de s’abandonner, surtout dans les instants où la confidence lui devient plus pénible. Elle s’est donc, sous la volonté de son frère, plusieurs fois dévêtue, a subi le contact de son corps, ses caresses ; elle croit s’être dérobée à ses tentatives de coït, mais engourdie comme elle était peut-elle savoir ? Si elle a consenti, c’est par la faute de son père ou plutôt de sa grand’mère ; car son père étant fils naturel et ne leur ayant pas apporté de nom, il fallait cet acte pour le supprimer entre elle et son frère. Pressée de s’expliquer, elle répète les mêmes formules sans variation ni développement, comme une leçon simplement acceptée. Bien qu’elle ait une répulsion visible pour ce que son frère voulait d’elle, il est le seul qu’elle souhaiterait voir ; elle rêve à lui et qu’il lui fait ce qu’il n’a pu réellement exécuter. Elle croit qu’elle s’abandonnerait encore à ses désirs, bien qu’elle les désapprouve. Ses sentiments pour lui sont de [p. 162] respect plus encore que de sympathie, et pour ses parents d’hostilité, pour sa mère surtout. L’engourdissement où elle se laissait tomber semble lui avoir laissé l’impression qu’ils étaient l’un et l’autre dépassés par la nécessité, et elle revient souvent sur une scène assez confuse où son plus jeune frère lui paraît avoir été doué d’une puissance mystique, car c’est à l’instant où il projetait sur le mur la lumière d’une lampe électrique qu’elle a senti sa personnalité s’évanouir ; et tout en gardant sa taille il lui semblait devenu très grand.

Les jours qui suivent, son excitation reste assez grande ; elle défait son lit, met son matelas par terre, se drape dans ses draps ; mais comprend tout et obéit. Le surlendemain, elle vient riante et facétieuse à la visite. Ramenée au chapitre des confidences, elle perd toute animation, son regard est pourtant plus assuré que précédemment, et ses réponses, par monosyllabes, quelquefois par simples gestes, sont cohérentes et précises. Elle affirme que son père les a surpris un jour elle et son frère couchés l’un contre l’autre et que son frère se livrait sur elle depuis l’âge de dix ans à la masturbation.

Après cette confirmation et ce complément d’aveux, son agitation devient plus continue ; elle se dévêt et même déchire ses vêtements, il lui arrive encore une fois d’uriner au lit, et de déféquer sur le parquet. Elle se présente à moi très éveillée ; répondant par des éclats de rire ; lançant des mots plus ou moins en situation, d’où elle fait subitement surgir des associations burlesques ou des contrastes faciles. Il passe dans ses paroles des allusions brèves au dérangement de ses idées, à celles des circonstances passées qui paraissent avoir le plus marqué dans son souvenir : et elle éclate d’un rire gamin. Elle donne à ses impulsions affectueuses un caractère enfantin. Le masque de la maniaque succède à celui de l’hébéphréno-catatonique, mal ajusté pourtant et comme vacillant : il manque à son agitation la profusion des effets et surtout cette surexcitabilité de contact avec l’ambiance, qui est l’hyperprosexie.

Les oscillations marquées de cette période font progressivement place à une régularité d’attitude et de conduite qui coïncide avec une aptitude croissante à juger des événements et d’elle-même. Le 3 mai elle raisonne déjà posément de la crise d’où elle se voit émerger. Ce que ses explications peuvent garder de disparate ou d’étrange ne tient plus à un trouble actuel, mais reproduit l’enchaînement des impressions subies dans ses moments d’émotion et de torpeur. Ainsi se juxtaposent dans ses récits des séries dont les unes groupent les faits dans l’ordre logique que sa réflexion leur assigne, alors que d’autres unissent des termes fondus ensemble par des affinités affectives. Tantôt elle rend compte de son état par l’effet combiné du surmenage, causé à sa banque par une émission d’emprunt et chez elle par l’effort épuisant du spiritisme. Tantôt tout se réduit aux étapes d’un même état somnambulique : son engourdissement naissant du rayon de lumière projeté par son petit frère sur le mur, son départ dans la nuit, son [p. 163] aboutissement à la Salpêtrière. Trois moments font un tout continu ; les événements intercalaires n’appartiennent pas, semble-t-il, à cette phase de sa conscience. Pour faire qu’elle les évoque, il faut l’acculer à une réaction affective qu’atteste l’expression transformée de son visage : son teint s’anime et son regard s’éteint ; puis elle conclut le récit de ses relations avec son frère et de sa nuit à l’hôtel par la formule « ça me dégoûte » qui a un accent tout nouveau de honte et de répulsion.

Son état continuant à s’améliorer, elle s’occupe de travaux à l’aiguille avec la joie d’y montrer ses talents ; elle prend part aux divertissements, chants et danses de ses compagnes. Ses façons et ses gestes traduisent la délivrance des contraintes passées ; elle va les cheveux au vent pour mieux respirer, dit-elle ; l’explication qu’elle donne de ses actes en apparence les plus démentiels montre non seulement qu’elle s’en souvient, mais qu’elle réagissait alors à certaines obsessions physiques, à des appréhensions hypocondriaques: elle arrachait et déchirait ses vêtements d’hôpital qui la prenaient, sans qu’elle sût comment ils tenaient après elle ; elle faisait au lit ses besoins sous l’influence de sensations abdominales qui lui faisaient craindre de déranger ses organes ; elle éprouvait jusque dans trois cicatrices de vaccin, vieilles de plusieurs années, des impressions pénibles, qui servaient d’origine à des imaginations bizarres de traitement ou de torture. Ces reviviscences d’une sensibilité, qui normalement est réduite, n’avaient sans doute pas l’abolition des sensations externes pour condition ; car elle avait également gardé le souvenir de la fraîcheur que lui causait le bruit des lavages à grande eau ; de même les pas dans le corridor, les barreaux de sa fenêtre qui lui semblaient peser sur son lit avaient marqué dans sa mémoire. Mais c’est par des impressions affectives, dont sa perception n’avait pas poursuivi l’identification, et qu’elle ne sait pas actuellement comment traduire.

Retombée pendant quelques jours à un certain désordre d’allures et de conduite, elle revient sur le « cassement de tête » que lui causaient les exigences intempérantes des clients la dérangeant dans ses écritures, mais qui résultait surtout des antagonismes qu’elle sentait exister entre les siens et spécialement entre son frère et son père. Bien qu’elle fût toute entière du parti de l’un contre l’autre, elle se voyait pourtant écartelée par leurs différents latents mais constants. Le récit qu’elle fait des événements atteste une sensibilité réduite à l’intuition de ces conflits moraux. Leur substance réelle, leur chronologie sont métamorphosées de manière à symboliser avec les tendances et les forces dont elle se croyait le jouet. Ses dispositions d’alors paraissent avoir été proches de celles d’où peuvent naître des idées d’influence. Mais surtout sa pensée avait régressé pour un temps au stade où se heurtent, comme dans un dialogue hypnagogique, affirmations et dénégations à contenu indécis. L’explication qu’elle donne de son état c’est d’avoir été prise entre des velléités contraires, qu’elle n’arrive à définir que de façon purement affective. — Engagement est pris [p. 164] alors de lui laisser faire silence sur des souvenirs pénibles. Elle paraît en éprouver un gros soulagement.

Ce dernier épisode franchi, les symptômes de trouble psychique s’effacent rapidement. Elle commence par tourner sur les infirmières et sur ses compagnes une attention maligne ; elle s’applique à faire remarquer leurs travers ou leurs fautes, à y trouver des sujets de moquerie. Puis sa pensée franchit les murs de l’asile. Au mois de juin, elle dresse la liste minutieuse et interminable des achats de mercerie et d’étoffes qu’elle juge nécessaires à la réfection de son trousseau. Elle écrit des lettres, dont l’une à son frère, qu’elle sait à l’asile, pour le consoler d’un ton tant soit peu protecteur, et pour souligner ses imprudences. Les autres marquent le besoin de reprendre contact avec ses amies. Elles sont encore pleines d’allusions vagues et amphigouriques, d’expressions mystiques. Il lui arrive aussi de couvrir son papier d’écritures et de signes enchevêtrés, de le plier et le replier de telle sorte qu’elle est seule à pouvoir s’y retrouver ; le résultat lui cause une satisfaction où se combinent le plaisir de mystifier et le goût du mystère. Progressivement ces manifestations dernières achèvent de s’évanouir ; et après une permission d’essai, sa sortie définitive est signée le 29 septembre.

A quelques semaines de là elle revient se faire voir, dans un état d’obésité qui laisse un peu d’inquiétude. Mais ayant repris son travail elle perd cet excès d’embonpoint, et depuis elle n’a plus donné signe de dérangement psychique. Elle reparaît assez volontiers à la consultation, et sous un aspect un peu réservé se montre très en confiance. Elle ne cache pas son grand désir de se marier et d’être mère.

Son frère, dont les dates d’internement ont, peu s’en faut, coïncidé avec les siennes, a cessé d’habiter sous le même toit et ne la voit plus qu’une fois par semaine, toute la famille réunie. Il vient, dit-elle, à la faveur de son premier internement, de se faire interner pour la seconde fois afin d’éviter les conséquences d’une rixe, qui menaçait de le conduire en correctionnelle.

  • Source: Journal de psychologie normale et pathologique