Raphaël Edelman

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(1972– )

Authors-E


Œuvres

J’ai commencé à écrire dans la revue La Parole Vaine fondée par LL de Mars en 1994. Nous traitions avant tout d’art et de littérature, mais n’étions pas insensibles aux questions politiques. Nous nous opposions au positivisme naïf et à son manque de rigueur véritable, ainsi qu’aux idées ethnocentriques et racistes qui tentent de se véhiculer sous une apparence scientifique. C’est pourquoi j’ai rédigé « Méthode d’ethnocentrisme » qui présente le livre sur l’eugénisme de Michael Billig, «L’Internationale raciste» (Maspéro, 81).

Plus tard, j’ai voulu montrer que le récit littéraire, lorsqu’il s’empare d’événements historiques, fait réponse dans son développement, parfois par ses interrogations mêmes. J’ai donc défendu, dans un texte de 1998 intitulé « À propos de défiguration », les œuvres de fiction face aux événements historiques, après avoir lu le roman «Défiguration» de Michel Surya. Il m’a semblé que celui-ci complétait la rigueur de la science historique, non en tentant de reconstituer les faits, mais en les recontextualisant dans une trame narrative.

En m’interrogeant ensuite, dans le cadre d’études philosophiques, sur la différence entre, d’un côté, la fiction, la simulation et le comique et, de l’autre, l’essai, j’ai recherché la vertu cognitive du comique, dont l’ironie est une figure. J’ai montré, dans «Le Comique et son rapport à la liberté d’expression» (2001), le rôle des émotions dans la cognition et dans l’expression, en dénonçant les limites de l’émotion de haine que l’on trouve dans le dogmatisme. J’ai voulu aussi mettre en valeur, contre une caricature de la tradition philosophique, la place accordée au comique et à la fiction dans la philosophie. Ceci m’a conduit à traiter aussi du rôle des émotions et du sentiment du laid dans «Le rire et la colère» (2002). Le rire, comme je l’ai montré, est le plus souvent une émotion et la colère une passion. Le premier est créatif et le second servile. Le rire possède une fonction cognitive mais aussi éthique, qui consiste en une harmonisation affective.

Je me suis proposé par ailleurs, à l’occasion d’un colloque au centre d’art Le Bon Accueil à Rennes, de réfléchir sur l’absurdité, l’inconvenance, l’originalité et l’exception qui apparaissent sur fond de règles et d’intelligibilité. Le texte « L’impertinence » fut publié avec les actes de ce colloque sur l’idiot moderne en 2000, auquel participèrent Jean-François Savang et LL de Mars. J’y traite de l’action artistique transformatrice et de la liberté en acte. La liberté d’expression artistique est présentée comme un moteur de renouvellement de la société. La singularité est interprétée en terme d’anomalie salvatrice.

À l’occasion d’un second colloque, avec les mêmes intervenants, sur l’artiste et l’institution, j’ai tenté de défendre, dans « Créature » (2003), la création singulière contre l’homogénéisation, et de montrer la possibilité d’une transformation du public par le privé. Il s’était agi d’argumenter en faveur de la réinstitution artistique permanente contre l’institution culturelle, et de défendre l’art contre sa récupération politique.

Enfin, pour collaborer au second numéro de la revue L’Engrenage Dialectique, j’ai voulu étudier l’évolution du concept de science depuis l’antiquité et tenter de stabiliser sa définition en cernant son objet et sa méthode dans le texte « L’espérance scientifique » (2004). Sont abordées les questions du scientisme et du criticisme, de la liberté et du déterminisme, pour arriver à la conclusion qu’il ne peut y avoir de science parfaite mais seulement une opinion techniquement efficace. La science achevée ne saurait être réelle. C’est un horizon de possibilité, une espérance. Parler de science n’a pas tant ici pour but d’optimiser son efficacité, comme c’est souvent le cas en épistémologie, que de tenter de déterminer sa place dans le monde.